«Je suis dresseur/dresseuse d’algorithme»? Probablement jamais entendue, cette profession occupe quelques millions de personnes dans le monde. Le sociologue A. Casilli consacre un portrait à ces «travailleurs du clic», aussi essentiel.les pour faire tourner les instruments de notre quotidien que pour nettoyer les contenus vidéo de Facebook ou Twitter depuis Bourgoin-Jailleu, Madagascar ou le Pakistan. L’enquête sur le monde très peu connu des «fermes à clics», montre d’abord que derrière les apparences de l’automation et des algorithmes se cache en réalité un travail invisibilisé, «digital» car fait de la main de l’homme et réparti aux quatre coins de la planète payés une misère. Ce nouvel avatar de la délocalisation repose sur une parcellisation du travail comme au bon vieux temps du taylorisme, rémunéré à un prix dérisoire pour la qualité des données nécessaires aux plateformes, il est le chaînon essentiel à leur production de valeur. On attendra les robots comme on attendait Godot, en vain, mais les effets délétères de ce travail ultra-parcellisé sont déjà bien visibles. L’IA parvient à paraître humaine parce qu’elle déshumanise le travail mais dans un «hors travail» jamais visible. La précarisation dont les plateformes vivent et se nourrissent aboutit à un saccage généralisé du travail, c’est la conclusion alarmante de cette enquête.
Par
Pascal, bibliothèques de la ville de Paris
Type de document
Livre
Titre
En attendant les robots : enquête sur le travail du clic